Samedi 28 février 2009
Secret du bonheur  (Conte africain) 
 

Un enfant demande à son père : 
- Dis papa, quel est le secret pour être heureux ? 
Alors le père demande à son fils de le suivre ; 
    
ils sortent de la maison, le père sur leur vieil âne et le fils suivant à  pied. 
Et les gens du village de dire: 
- Mais quel mauvais père qui oblige ainsi son fils d'aller à pied ! 
   
- Tu as entendu mon fils ? Rentrons à la maison, dit le père. 
  
Le lendemain ils sortent de nouveau, le père ayant installé son fils sur l' âne et,lui, marchant à côté. 
Les gens du village dirent alors : 
    
- Quel fils indigne, qui ne respecte pas son vieux père et le laisse aller à pied ! 
   
- Tu as entendu mon fils ? Rentrons à la maison. 
    
Le surlendemain ils s'installent tous les deux sur l'âne avant de quitter la maison. 
Les villageois commentèrent en disant : 
- Ils ne respectent pas leur bête à la surcharger ainsi ! 
    
- Tu as entendu mon fils ? Rentrons à la maison. 
  
Le jour suivant, ils partirent en portant eux-mêmes leurs affaires, l' âne trottinant derrière eux. 
Cette fois encore les gens du village y trouvèrent à redire : 
- Voilà qu'ils portent eux-mêmes leurs bagages maintenant ! 
C' est le monde à l'envers ! 
    
- Tu as entendu mon fils ? Rentrons à la maison. 
     
Arrivés à la maison, le père dit à son fils :
- Tu me demandais l'autre jour le secret du bonheur. Peu importe ce que tu fais, il y aura toujours quelqu'un pour y trouver à redire. Fais ce qui te plaît et tu seras heureux. 

Par lilavande - Publié dans : conte d'afrique
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Dimanche 15 février 2009

Sur la place de son village, du geste auguste du semeur, Hodja le fou répand du sel. Les gens s'attroupent, s'interrogent, se poussent du coude, intrigués. Une femme enfin se décide :

- Hé, ho, Hodja, que fais-tu là ?

Hodja s'interrompt un instant et répond :

- Je fais fuir les tigres.

On s'exclame, on rit, on lui dit :

- Des tigres ? Allons, bougre d'andouille, en a-t-on jamais vu ici ?

Et l'autre, triomphant, reprenant sa semaille :

- C'est bien la preuve, braves gens, que ma technique est efficace. Rentrez chez vous, soyez tranquilles, j'assure la sécurité.

(Henri Gougaud, L'Almanach)

Par lilavande - Publié dans : conte
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Dimanche 8 février 2009

C'était un homme droit, un amant véritable.

Un jour, après avoir médité une pleine année dans une grotte du désert, il s'en alla frapper à la porte de sa bien-aimée. Derrière la porte close, il l'entendit qui demandait :

- Qui est là ?

- C'est moi, dit l'homme, sur le seuil.

- Il n'y a pas de place pour toi et moi dans la même maison, répondit la voix de sa bien-aimée, derrière la porte close.

Alors cet homme droit, cet amant véritable s'en retourna au désert où une année encore il m édita. Quand enfin il revint frapper à la porte de sa bien-aimée, à nouveau il entendit :

- Qui est là ?

Cette fois l'homme droit répondit :

- C'est toi-même.

Et la porte s'ouvrit.


(Henri Gougaud, L'Almanach)

Par lilavande - Publié dans : conte
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Dimanche 8 février 2009

Une reine avait un ami.
 Etaient-ils proches ? C'est peu dire.
 Unis comme l'ongle et le doigt, ainsi étaient ces deux vivants. Or, l'ami un matin se sentit pâlichon. L'œil mauvais d'un chat noir s'était posé sur lui. Bref, il était malade.
Sa reine s'attrista.


- Couche-toi au chaud, lui dit-elle, et si tu souffres, appelle-moi.


Dix fois dans la journée elle s'enquit de sa fièvre.

L'ami n'allait pas bien.
La reine au soir lui écrivit une lettre d'amour inquiet.
Elle appela son serviteur.


- Porte à mon aimé ce message, lui dit-elle. Ne traîne pas. Prends garde, si j'apprends que tu t'es retardé, tu mourras de ma propre main.


L'homme s'en alla, affolé, parvint, le souffle court, au chevet du malade. Il y trouva la reine. Il murmura, tremblant de la tête aux orteils :

- Majesté, sachez-le, j'ai couru tout d'un trait. Je ne pouvais aller plus vite, et pour dire la vérité, voir ma reine ici avant moi m'est un mystère prodigieux.


- Va, je ne t'en veux pas, lui répondit la dame. Tu ne peux rien savoir de cette intimité qui abolit l'espace.

Aller vers l'ami m'est facile, un chemin secret m'y conduit.

A quoi bon parler de ces choses à qui ne connaît pas l'amour ?

 Rien au monde, ni murs, ni portes, ni royaumes, ne peut me séparer de lui.

(Henri Gougaud, L'Almanach

Par lilavande - Publié dans : conte
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Dimanche 8 février 2009

Gabriel García Marquez s'est retiré de la vie publique pour des raisons de santé : cancer lymphatique. Maintenant, il parait, que ça s'aggrave. Il a envoyé une lettre d'adieu à ses amis.

"Si pour un instant Dieu oubliait que je suis une marionnette de chiffon et m'offrait un bout de vie, je profiterais de ce temps le plus que je pourrais. Il est fort probable que je ne dirais pas tout ce que je pense, mais je penserais en définitive tout ce que je dis. J'accorderais de la valeur aux choses, non pour ce qu'elles valent, mais pour ce qu'elles signifient.
Je dormirais peu, je rêverais plus, j'entends que pour chaque minute dont nous fermons les yeux, nous perdons soixante secondes de lumière. Je marcherais quand les autres se détendent, je me réveillerais quand les autres dorment. J'écouterais lorsque les autres parlent et... combien je savourerais une bonne glace au chocolat.
Si Dieu me faisait présent d'un bout de vie, je me vêtirais simplement, m'étalerais à plat ventre au soleil, en laissant non seulement mon corps à découvert, mais aussi mon âme. Bon Dieu, si j'avais un cœur, j'écrirais ma haine sur la glace et attendrais que le soleil se lève. Dans un rêve de Van Gogh, je peindrais sur les étoiles un poème de Benedetti et une chanson de Serrat serait la sérénade que je dédierais à la lune. J'arroserais de mes larmes les roses, afin de sentir la douleur de leurs épines et le baiser de leurs pétales. Bon Dieu, si j'avais un bout de vie...
Je ne laisserais pas un seul jour se terminer sans dire aux gens que je les aime, que je les aime. Je persuaderais toute femme ou homme qu'ils sont mes préférés et vivrais amoureux de l'amour. Aux hommes, je prouverais combien ils sont dans l'erreur de penser qu'ils ne tombent plus amoureux en vieillissant, sans savoir qu'ils vieillissent en ne tombant plus amoureux. Aux anciens, j'apprendrais que la mort ne vient pas avec la vieillesse, mais avec l'oubli.
J'ai appris tellement de choses de vous autres, les humains... J'ai appris que tout le monde voulait vivre dans le sommet de la montagne, sans savoir que le vrai bonheur est dans la façon d'escalader.  J'ai appris que lorsqu'un nouveau-né serre avec son petit poing, pour la première fois le doigt de son père, il l'a attrapé pour toujours. J'ai appris qu'un homme a le droit de regarder un autre d'en haut seulement lorsqu'il va l'aider à se mettre debout. Dis toujours ce que tu ressens et fais ce que tu penses.  Si je savais qu'aujourd'hui c'est la dernière fois où je te vois dormir, je t'embrasserais si fort et prierais le Seigneur pour pouvoir être le gardien de ton âme.  Si je savais que ce sont les derniers moments où je te vois, je dirais "je t'aime" et je ne présumerais pas, bêtement, que tu le sais déjà.  Il y a toujours un lendemain et la vie nous donne une deuxième chance pour bien faire les choses, mais si jamais je me trompe et aujourd'hui c'est tout ce qui nous reste, je voudrais te dire combien je t'aime, et que je ne t'oublierai jamais. Le demain n'est garanti pour personne, vieux ou jeune. Aujourd'hui est peut être la dernière fois que tu vois ceux que tu aimes. Alors n'attends plus, fais-le aujourd'hui, car si demain n'arrive guère, sûrement tu regretteras le jour où tu n'as pas pris le temps d'un sourire, une étreinte, un baiser et que tu étais très occupé pour leur accorder un dernier vœu. 
Maintiens ceux que tu aimes près de toi, dis leur à l'oreille combien tu as besoin d'eux, aimes-les et traite les bien, prends le temps de leur dire « je suis désolé », "pardonnez-moi", "s'il vous plait", "merci" et tous les mots d'amour que tu connais. Personne ne se souviendra de toi de par tes idées secrètes. Demande au Seigneur la force et le savoir pour les exprimer. Prouves à tes amis et êtres chers combien ils comptent et sont importants pour toi.
Il y a tellement de choses que j'ai pu apprendre de vous autres...Mais en fait, elles ne serviront pas à grande chose, car lorsque l'on devra me ranger dans cette petite valise, malheureusement, je serai mort."

Que ceux qui ont des oreilles entendent.

Par lilavande
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