Le conte de la naissance de la parole.

Publié le par lilavande

Comment vous le dire avec des mots ? Où et quand cela a commencé ? Comment imaginer le passage du silence au cri et celui du cri à la parole ? C' est difficile à retrouver, car il faut remonter très loin, très haut dans l'histoire de l'homme. Même les premiers hommes, vous savez ceux qui vivaient dans les arbres, puis dans les cavernes ne se souviennent pas. J e crois que ce fut une nuit, il y eut un orage. U n orage très violent, avec des éclairs, tout le ciel s'illuminant de traînées rouges et bleues, jaunes et blondes, quand cette nuit-là un petit enfant s'éveilla. Ses parents dormaient profondément, du moins le croyait-il. Ils avaient l'habitude de l'orage et ne se réveillaient pas pour si peu. L'enfant s'avança à quatre pattes dans la semi-obscurité de la caverne. Arrivé au bord il vit toute cette lumière. Le ciel comme un cheval emballé courait au-dessus de sa tête, sa bouche s'arrondissait d'étonnement et il prononça ce premier mot avec un gros soupir « OUI ». C'était la première fois qu'il entendait ce son sortir de sa bouche et il le répéta plusieurs fois pour s'encourager et en recevoir les vibrations en retour. « OUI, OUI. »

Le lendemain matin, il s'écria en secouant sa maman: « OUI, OUI. » Avec son petit doigt, il montrait l'entrée de la caverne. Sa mère le suivit, regarda son petit qui disait OUI, OUI en montrant le haut du ciel. Elle leva les yeux, vit un ciel clair, bleu comme les yeux de son enfant. Elle répéta à son tour OUI. Et le jour même, la moitié de la tribu répétait OUI en montrant le ciel. Ce qu'ils en firent par la suite est urie autre histoire dont je ne parlerai pas.

Ce que l'enfant ne savait pas, c'est qu'il avait, avant que l'orage n'éclate, avant d'être réveillé cette nuit-là par les bruits de la tempête, il avait djà entendu dans son sommeille mot OUI.
Celui-ci avait été prononcé par la femme qui était sa mère au moment même où elle avait senti son plaisir l' envahir. ..Et ce mot tout neuf qui sortait tout étonné de sa bouche voulait dire à son partenaire si proche le plaisir de ses sens qui s'enflammaient dans son corps, son plaisir éveillé qui riait en elle. Ce mot unique pour l'instant voulait dire mille choses encore, toutes différentes, et tentait d'exprimer un ensemble de ressentis tels: « Tu es important, reste tout pres, tout vivant, Je te reçois, tu m'agrandis, tu es précieux, je t'aime, je me sens si bien avec toi...»
Ce mot essentiel, encore un peu étroit, contenait toute la joie, la confiance, l'abandon d'une femme dans le plein de l'amour avec un homme.
Ce mot échappé, plus doux, plus soyeux qu'un cri était une victoire sur les gémissements, les grognements, les soupirs, les murmures indistincts qui accompagnaient habituellement l'amour de ce couple.
Et ce mot, né dans la passion révélée d'un instant, avait été entendu, recueilli par un enfant qui avait voulu l'offrir, l'ouvrir, en révéler les sens multiples.
J.Salomé:"Contes à aimer, contes à s'aimer"

Publié dans conte

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article