on récolte ce que l'on sème conte de "marie"

Publié le par lilavande

 

C’EST PAS FAIT POUR S’MARRER..LES MARAIS....

 

 Martha était une méchante femme...

 

Elle portait sur son visage, sur son corps, dans sa démarche...... les stigmates de la haine......

Elle était vieille...

Elle était moche....

Elle vivait avec Caligula son corbeau.

Il était vieux...

Il était laid....

Son allure était celle d’un tas d’os déplumé... décati....

L’emplacement où les deux compères gitaient, dans un vieil autobus, était sis hors de la ville.

Il était plein de rats....

Il sentait mauvais...

 

Mais ils y vivaient apparemment heureux....

Enfin, si ce mot voulait dire quelque chose à ces deux débris qui n’avaient dans le regard que des flèches assassines pour les gens qu’ils rencontraient lors de leurs rares sorties dans les lieux civilisés..

Leur passion était d’aller faire une grande promenade en direction des marais envahis de moustiques, de mouches vertes et d’orties....

 La vieille ramassait les orties...

Caligula se repaissait des moustiques et des mouches...

 Tous les jours se répétait le même rituel.

 

Le réveil asthmatique,  qui datait d’avant la première guerre mondiale, était en équilibre sur le bord d’une caisse qui avait jadis contenu des melons d’Espagne. Il sonnait a 6 heures précise...

 

La vieille se retournait sur son grabat moisi...

Le corbeau secouait les restes mités de ses ailes....

 

C’était l’heure du lever...

 

Une bouilloire cabossée, en fer blanc taché de rouille attendait le bon vouloir de la maitresse des lieux pour faire son office de chanteuse.

 Aprés avoir craqué une allumette pour enflammer un petit tas de bois sec, Martha remplissait l’ustensile avec de l’eau qui croupissait dans une cuvette en plastique d’une couleur qui avait dû être jaune quelques années auparavant..Puis, elle posait la bouilloire sur un trépieds au dessus du feu.

 

Pendant ce temps Caligula faisait ses besoins sur le coin de la table en poussant un cri de plaisir....

 

Repoussant les déchets qui se trouvaient sur le linoléum craquelé qui faisait office de nappe, la vieille femme dégageait des détritus un bol ébréché...qu’elle vidait des restes de son repas de la veille...

 Puis elle versait le liquide brûlant avec délicatesse sur une poignée de fleurs d’orties séchées placées au fond du bol.

 Elle émiettait un quignon de pain dur qu’elle avait péché dans un grand sac en papier brun posé à ses pieds...

 Elle jetait les miettes à la volée...Le corbeau les attrappait une à une...

 Elle finissait le crouton en le mouillant de bave pour pouvoir le déglutir...car ...la vieille.....

 elle n’avait plus qu’une dent ....sur le devant...

 Mais qu’elle dent....

 Pointue....

 Jaune et noire...

 .... qui sortait de sa bouche empiétant sur la lêvres inférieure avec férocité... 

 Dans la pénombre du taudis on distinguait un meuble....

Un buffet...

 

Le bois travaillé luisait, comme vernis...un meuble apparemment choyé......

 

Trônant sur le dessus il y avait un cadre...magnifique.... certainement en argent ciselé.

 

Et dans ce cadre...une photo....

 

L’image était comme pieuse...éclairée par une bougie que la vieille allumait chaque matin...

 

Une jeune fille...ou une femme trés jeune.... serrant dans ses bras un bouquet d’asphodèles  ...souriait...on aurait dit un ange......

 

Ses cheveux blonds cascadaient jusqu’à sa poitine découverte ...

Ses yeux mi-clos semblaient dire : je suis bien....

 

En retournant le cadre on pouvait voir une inscription écrite par une main habile  :” Le temps n’effacera jamais ta beauté .... a Martha mon amour pour la vie...”.la signature était nette et assurée : Théo...

 

Ce meuble, ce cadre et sa photo était un havre de beauté, de bonheur, de joie...

 

 le meuble qui datait du début du siècle était parfaitement entretenu, ciré, propre, ce qui dénotait avec le reste de la pièce...

  

 Le cadre était de toute beauté, riche, cossu....

 

 quand à la photographie c’était un délice pour les yeux... une merveille  de sérénité....elle était en noir et blanc un peu jaunie par le temps...mais tellement réelle que l’on pouvait avec un peu d’imagination respirer le parfum des fleurs délicates et rares...

  

Martha avait bien changée....

 

 Comment pouvait on devenir le monstre qu’elle était devenue?

Que lui avait donc apporté le temps et la vie pour qu’elle devienne cette sorcière nauséabonde??..

Qui était donc ce Théo qui lui avait promis de l’aimer pour la vie?

Qu’était-il devenu?

Martha restait silencieuse à ce sujet...

Les rares personnes qui avait eues accés au bus lui avaient posée des questions sur cette photo?

 

 Martha  les observait un moment avec ses yeux perçants....une larme venue d’on ne sait trop où, roulait le long de sa joue parcheminée....puis, sans dire un mot, elle montrait la porte aux gens pour qu’ils partent...

 

 Et les gens partaient...et ne revenaient plus dans cet endroit si peu accueillant...en fait ces gens ne venaient pas pour elle mais tout simplement pour demander a qui appartenait ce terrain car il était trés convoité.....

Et ce terrain appartenait à la commune ...Martah y créchait ...parce que monsieur le Maire voulait bien la laisser y crécher ...

Années aprés années, le temps s’étira et plus personne ne revint jamais jusqu’au bus délabré.

 

 Martha et Caligula étaient seuls...perdus...au plus profond de la mémoire collective.

Les générations se succédaient...Martha était toujours là....elle avait 95 ans et Caligula autant....Il veillait sur la vieille...comme un bon chien de garde...Personne ne s’approchait du bus sans être mis en fuite par le volatile en furie....

Ce matin là, Martha, aprés avoir enfilés ses haillons, se campa un moment devant le cadre, semblant  y puiser l’énergie dont elle aurait besoin pour la journée à venir ......

Puis, elle sortit....

Caligula tourna autour d’elle pendant quelques instants, puis alla plonger dans le ruisseau qui serpentait entre les arbres...

 

 Il revint, dégoulinant et grelotant, chercher un peu de chaleur auprès de sa maîtresse qui le renvoya à coups de canne loin d’elle... Elle n’était pas trés caline la vieille...

  

Le chemin qu’ils prenaient tous les deux chaque matin depuis des lustres n’étaient pas un chemin pavés de bonnes intentions !  

Il était triste... tortueux...caillouteux....bordés de ronces...d’épines...jonchés de ce que l’on appelle les rebus de la société...

  

Ses hôtes, rampants ou volants étaient repoussants.....

Autant que les objets qui ornaient ses bas côtés!!!

  

De temps en temps la vieille donnait un coup de pieds dans une canette vide, un tampax usagé ou une seringue taché de sang!  Quelques préservatifs rabougris étaient là pour rappeller à Martha que le monde continuait à forniquer ...

 

 Elle aimait cet endroit !

 

 Arrivée à hauteur du marais elle s’arrêtait pour reprendre son souffle...

Le corbeau se perchait sur une branche basse et poussait un cri lugubre....

  

Alors.....

Les ronces s’écartaient ....

Le marais apparaissait... 

 

 Une brise ressemblant à l’alizée du printemps dégageait la brume malsaine qui flottait au dessus de l’eau...

Les épines devenaient fleurs d’aubépines roses et odorantes...

 L’eau était bleue...semblable aux yeux des chérubins du Titien...

 Sur la berge....un crapaud se hissait ...

 Enorme batracien d’un vert tendre taché de noires pustules....

 Ses yeux étaient d’un noir perçant...

Il regardait en direction de la vieille  et du corbeau..en coassant....

 

Tout autour du marais il y avait foule...

Une foule gaie...pleine de vie...

Des libellules aux tendres couleurs irisées volaient de joncs en joncs...

 

Les papillons en habit d’arc en ciel faisaient une ronde sensuelle avant de s’accoupler sur un nénuphar....

Les lys d’eau aux reflets cians et or penchaient leurs têtes pour se mirer dans l’onde....et admirer les jeunes reinettes qui se refaisaient une beauté avant d’aller à la conquête de nouveaux partenaires....

 

Quelques col vert , le cou enfouit dans la douceur de leur aile, étaient balotés par les vaguelettes qui se formaient au passage des grands cygnes blancs et majestueux...qui sillonaient le marais semblant y faire régner ordre et discipline....

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Publié dans conte d'ami

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