le chant du silence

Publié le par lilavande

le chasseur de silence

 


La vie est une merveille.
Une merveille qui peut vous révéler chaque jour quelque chose d'inattendu, d'extraordinaire, de magique...
Ottmarsheim, une petite ville alsacienne discrète, possède un joyau : une abbatiale contruite en 1030. C'est la copie en miniature de la Chapelle Palatine d'Aix la Chapelle : une église ronde.
Cette église fortifiée magnifique, je la connais bien. Il y règne un tel calme, une telle sérénité, une telle amplitude sublimée par les prières de milliers et milliers de pélerins qu'il est impossible de ne pas y ressentir toute l'authenticité de la foi.
La foi toute simple...
Je m'y rendais donc, une fois de plus, par un après-midi tranquille. On était en semaine, je pensais n'y rencontrer personne, comme d'habitude.
Mais je me trompais !
En entrant, j'approchai doucement de l'autel. Une personne assise sur le premier banc près de l'autel me tournait le dos.
Elle entendit mes pas. Elle me regarda. C'était un homme. Il posa un doigt sur sa bouche comme pour me dire "chut, silence !". Puis il me sourit et me montra quelque chose.
Arrivée à sa hauteur, je vis un magnétophone sur le banc. C'était un vieux magnétophone à bande. Le micro était posé à côté sur le banc.
L'homme semblait être un retraité. Et il enregistrait ! Mais quoi ?
A nouveau, il me fit signe de rester silencieuse.
Je respectai la consigne et continuai à l'observer.  Il enregistrait toujours et, de temps en temps, m'adressait un sourire en me faisant toujours signe de silence.
De plus en plus intriguée, j'essayai de comprendre. Mais le mieux, c'était peut-être d'attendre qu'il ait fini. Il m'expliquerait sûrement !
La bande magnétique arriva à sa fin. L'homme arrêta l'enregistrement. Il m'adressa un nouveau sourire, satisfait.
- Je vous remercie Madame, me dit-il. Cet enregistrement sera particulièrement réussi.
Devant mon air surpris, il eut un nouveau sourire.
- Je parie que vous vous demandez...
- J'avoue que je suis très intriguée. Qu'avez-vous enregistré ?
Alors, il eut cette réponse encore plus énigmatique :
- Le silence Madame. Le silence ! J'ai enregistré le silence, le chant du silence !
Ma stupéfaction l'amusait. Alors il me raconta.
Il se qualifiait "chasseur de silence". Il se rendait dans les lieux sacrés et déserts pour "enregistrer le silence".
Ou dumoins, ce qu'on appelait le silence, car, en réalité, pour celui qui sait écouter, le silence n'est qu'une infinité de petits bruits, de petits chants, de petites vibrations sonores, toutes aussi merveilleuses les unes que les autres et porteuses de quantités de messages qu'il suffisait après d'essayer de décoder. C'était ce qu'il faisait.
- Tout est dans le silence ! me dit-il.
Puis il m'expliqua la différence du silence suivant les lieux où il l'enregistrait : cantique muet d'une synagogue, pastorale d'un monastère, profondeur abyssale d'une crypte, révélations mystiques d'une cathédrale, ancestral message d'une grotte, secret fascinant des dunes... le silence... le silence...
- Et le silence absolu ? demandais-je. Existe-t-il ? L'avez-vous aussi enregistré ?
- Vous voulez parler du silence de ce qu'on appelle la mort ? C'est celui qui chante le plus... répondit-il simplement.
Ce fut tout.
Il prit son magnétophone, m'adressa un nouveau sourire.
- Au revoir Madame, et peut-être, rendez-vous pour un nouveau silence !
Je regardai partir ce personnage fantastique puis j'allai m'asseoir près d'un pilier pour me recueillir et écouter le silence, le chant du silence...
Qu'allait-il me raconter ?...

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Publié dans conte d'europe

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