oscar et la dame en rose
Partage d'un livre enfin un extrait pour vous mettre l'eau à la bouche ... c'est "Oscar et la dame rose "
de Eric Emmanuel schmitt édition albin michel sorti en 2002
plein de sensibilté et de franchise d'enfant c'est frais et ça se lit comme on boit du petit lait
régalez vous et lisez jusqu'au bout meme si c'est pas d'un coup faites moi confiance
Cher dieu,
Je m’appelle oscar, j’ai dix ans, j’ai foutu le feu chat, au chien, à la maison (je crois même que j’ai grillé les poissons rouges) et c’est la première lettre que je t’envoies parce que jusqu’ici ,à cause de mes études, j’avais pas le temps.
Je te préviens tout de suite : j’ai horreur d’écrire. Faut vraiment que je sois obligé.
Parce qu’écrire c’est guirlande pompon, risette, ruban et cetera
Ecrire, c’est qu’un mensonge qui enjolive . Un truc d’adultes
La preuve ? tiens , prends le début de ma lettre « je m’appelle Oscar , j’ai dix ans ,j’ai foutu le feu au chat, au chien à la maison ( je crois même que j’ai grillé les poissons rouges) et c’est la première lettre que je t’envoie parce que jusqu’ici, à cause de mes études j’avais pas le temps » j’aurais pu aussi bien mettre « on m’appelle Crâned’œuf, j’ai l’air d’avoir sept ans, je vis a l’hôpital à cause de mon cancer et je t’ai jamais adressé la parole parce que je ne crois même pas que tu existes »
Seulement si j’écris ça , ça la fout mal, tu va moins t’intéresser à moi. Or j’ai besoin que tu t’intéresse.
Ça m’arrangerais même que tu aies le temps de me rendre deux ou trois services.
Je t’explique.
L’hôpital, c’est un endroit super sympa avec plein d’adultes de bonne humeur qui parlent fort, avec plein de jouets et de dames roses qui veulent s’amuser avec les enfants, avec des copains toujours disponibles comme Bacon, Einstein ou Pop Corn, bref l’hôpital, c’est le pieds si tu es un malade qui fait plaisir.
Moi je ne fais plus plaisir. Depuis ma greffe de moelle osseuse je sens bienque je ne fais plus plaisir. Quand le docteur Düsseldorf m’examine, le matin, le cœur n’y est plus, je le déçois. Il me regarde sans rien dire comme si j’avais fait une erreur. Pourtant je me suis appliqué,moi, à l’opération ; j’ai été sage, je me suis laissé endormir, j’ai eu mal sans crier, j’ai pris tous le médicaments.
Certains jours, j’ai envie de gueuler dessus, de lui dire que c’est peut être lui le docteur Düsseldorf, avec ses sourcils noirs, qui l’a ratée l’opération.
Mais il a l’air tellement malheureux que les insultes me restent dans la gorge.
Plus le docteur Düsseldorf se tait avec son œil désolé, plus je me sens coupable. J’ai compris que je suis devenu un mauvais malade qui empêche de croire que la médecine c’est formidable.
La pensée d’un médecin c’est contagieux. Maintenant tout l’étage, les infirmières, les internes et les femmes de ménage me regarde pareil. Ils ont l’air triste ; ils se forcent à rigoler. Vrai on rigole pas comme avant.
Il n’y a que Mamie Rose qui n’a pas changé. A mon avis, elle de toute façon, elle est trop vieille pour changer. Et puis elle est trop Mamie Rose, aussi. Mamie rose je te la présente pas,Dieu, c’est une bonne copine à toi vu que c’est elle qui m’a dit de t’écrire. le problème c’est que moi qui l’appelle Mamie Rose. Donc faut que tu fasses un effort pour voir de qui je parle :
Parmi les dames en blouse rose qui viennent voir les enfants malades c’est la plus vieille de toutes.
- c’est quoi votre âge, Mamie Rose ?
- tu peux retenir le nombres à treize chiffres, mon petit Oscar?
- Oh vous charriez
- Non. Il ne faut surtout pas qu’on sache mon âge ici sinon je me fais chasser et nous nous ne verrons plus.
- Pourquoi ?
- Je suis là en contrebande. Il y a un âge limite pour être dame rose. Et je l’ai largement dépassé.
- Vous êtes périmée ?
- Oui
- Comme un yaourt ?
- Chut !
- OK ! je dirais rien.
Elle a été vachement courageuse de m’avouer son secret. Mais elle est tombée sur le bon numéro. Je serais muet même si je trouve étonnant, vu toutes les rides qu’elle a, comme des rayon de soleil autour des yeux que personne ne s’en soit douté.
Une autre fois j’ai appris un de ses autres secret, et avec ça, c’est sûr Dieu tu vas pouvoir l’identifierOn se promenait dans le parc de l’hôpital et elle a marché sur une crotte.
- merde
- Mamie Rose, vous dites des vilains mots.
- Oh, toi le môme lâche moi la grappe un instant, je parle comme je veux.
- Oh Mamie Rose !
- Et bouge toi le cul. On se promène là, on ne fait pas une course d’escargots
quand on s’est assis sur un banc, je lui ai demandé :
- comment se fait il que vous parliez si mal ?
- Déformation professionnelle, mon le petit Oscar. Dans mon métier j’etais foutue si j’avais le vocabulaire trop délicat.
- Et c’etait quoi votre métier ?
- Tu vas pas me croire…
- Je vous jure que vous croirai…
- Catcheuse.
- Je ne vous crois pas !
- Catcheuse ! on m’ avait surnommée l’Etrangleuse du Languedoc.
Depuis, quand j’ai un coup de morosité et qu’elle est certaine que personne peut nous entendre, Mamie Rose me raconte ses grands tournois : l’étrangleuse du Languedoc contre la Charcutière du Limousin, sa lutte pendant vingt ans contre Diabolica Sinclair, une Hollandaise qui avait des obus à la place des seins et surtout la coupe du monde contre Ulla-Ulla, dite la Chienne de Büchenwald, qui n’avait jamais été battue, même par Cuisse d’Acier, le grand modèle de Mamie Rose quand elle était catcheuse.
Moi ça me fait rêver ses combats, parce que j’imagine ma copine en blouse rose un peu branlante en train de foutre la pâtée à des ogresses en maillot. J’ai l’impression que c’est moi. Je devines le plus fort. Je me venge .
bon ? si avec tous ces indices ? Mamie Rose ou l’Etrangleuse du Languedoc, tu ne repères pas qui est, Dieu, alors il faut arrêter d’être Dieu et prendre ta retraite. Je pense que j’ai été clair ?
Je reviens à mes affaires.
Bref, ma greffe a beaucoup déçu ici. Ma chimio décevait aussi mais c’etait moins grave parce qu’on avait l’espoir de la greffe. Maintenant j’ai l’impression que les toubibs ne savent plus quoi me proposer, même que ça fait pitié.
Le docteur Düsseldorf, que maman trouve si beau quoique moi je le trouve un peu fort en sourcils, il a la mine désolée d’un Père Noël qui n’aurait plus de cadeaux dans sa hotte.
...