la bouche

Publié le par lilavande

Je te plante mon conte, pour que tu croisses grand et beau. A ton intention je mets du bois sur  le feu et je vais te mijoter afin que tu embaumes comme l'arbre à pain.  

 

Un homme vivait uniquement du produit de sa chasse. Sur les pistes des animaux il tendait des pièges ou creusait des fosses profondes  dont il dissimulait habilement l’entrée par un treillis de branchages et de feuilles mortes.

Chaque jour, il allait relever ses pièges. Il rentrait toujours chargé de gibier. Il apportait tantôt un porc-épic, tantôt une vipère, tantôt une antilope. Parfois c’était un phacochère ou un buffle.

 Alors c’était la fête au village, car non seulement il pouvait faire bombance de viande pendant plusieurs jours, mais ils pouvaient échanger une partie de chasse contre les produits dont il avait besoin

 

Cet homme épousa trois femmes qu’il aimait également bien.. Chacune d’elles mit au monde un garçon.

 

 Le premier garçon s’appela Anyu, ce qui signifie la Bouche ; le deuxième garçon prit le nom de Melo, ce qui veut dire les oreilles ; et le dernier celui de Mis, c’est à dire les yeux.

 

Le père les chérissait de la même façon

 

Le chef de famille menait une vie heureuse et paisible au milieu  de ses trois femmes et de ses trois fils.

Il sortait seul et rentrait seul car il continuait à se livrer à ses activités de chasse, cependant que ses enfants grandissaient.

Anyu était déjà un jeune homme et son père continuait d’aller seul à la chasse. Jamais il n’envisagea un seul instant  de se faire accompagner par lui, ni de l’initier au métier de chasseur.

 Pourtant quand Melo eut grandi et qu’il eut atteint l’âge de douze ans, son père commença à sortir avec lui.

Il lui apprit à tendre des pièges, à creuser des fosses et à les dissimuler, à reconnaître les empreintes d’un animal sur le sol mouillé du sentier et les pistes suivies par les buffles et les éléphants. Quand Mis eut grandi, le père fit de même pour lui.

 

Mais le premier fils, Anyu, ne reçut jamais l’autorisation de sortir de la maison.

 

Alors la mère de la « la Bouche » se fâcha.

Elle dit à son fils : « Ton père ne t’aime pas. Voilà pourquoi il ne sort pas avec toi.

 

Tes petits frères connaissent déjà son métier. Bientôt ils seront capables de chasser seuls. Quant à toi, l’aîné, tu ne sais encore rien faire. »

 

Excité par ces paroles, le jeune homme se plaignit à son père de ce qu’il ne lui était autorisé de sortir de la maison. Le lendemain, il insista pour l’accompagner en forêt. Son père, tout d’abord, refusa. Pour justifier son refus, il trouva toutes sortes de prétextes. Le jeune homme ne se laissa pas persuader. Finalement, son père consentit malgré lui à l’emmener en brousse.

 

« la Bouche » prit donc le chemin de la forêt. Plusieurs animaux se trouvaient pris dans les pièges. Quelques-uns étaient déjà morts. D’autres se débattaient  encore désespérément .

 

Le jeune homme fut ému de pitié à la vue  de ces pauvres créatures. Il ouvrit la bouche et s’exclama : « les animaux sont vraiment bêtes. Que viennent –ils chercher là où on a tendu des pièges et creusé des fosses alors qu’ils ont toute la brousse pour se promener et chercher leur pâture ? »

Les animaux ayant entendu  ces paroles, comprirent qu’ils commettaient une grave erreur.

A partir de ce moment, ils ne suivirent plus le chemin où les pièges et les fosses les attendaient.

Depuis les pièges restèrent tendus, les fosses restèrent ouvertes. Les animaux ne se firent plus prendre. Le chasseur et ses fils restèrent bredouilles. La fringale vint au logis, puis la disette. Alors le père dit au premier fils :

« vois-tu pourquoi je ne voulais pas te faire aller en brousse ? Ton frère « les oreilles » ne faisait qu’entendre. Ton frère « les yeux » ne faisait que voir. Voilà que tu es parti, et commetu t’appelles « la Bouche » tu n’as pas pu t’empêcher de parler. A cause de cela , nous n’aurons plus de gibier. »

 

La mère de Anyu reconnut son tort et se repentit auprès de son mari.

C’est ainsi que « la Bouche » a rendu la chasse de son père infructueuse.

 

On peut se repentir d’avoir quelquefois parlé, jamais d’avoir vu ni d’avoir entendu….

 

 Ecoutez et vous entendrez!
croyez si vous voulez,
Ne croyez pas sans le vouloir,
mais mieux vaut croire que d'aller voir !

 

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Publié dans conte d'afrique

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