le pays où l'on ne meurt jamais
"Il dépend de celui qui passe
que je sois tombe ou trésor.
Que je parle ou me taise, ceci ne tient qu’à toi.
Ami n’entre pas sans désir."
Paul Valery
le pays où l'on ne meurt jamais
Un jour un homme déclare : "Moi cette histoire que le monde est obligé de mourir ne me va pas du tout : je vais partir chercher le pays où on ne meurt jamais."
Il salue père, mère, oncles et cousins, puis se met en route. Il marche pendant des jours, et des mois, et demande à tous ceux qu'il rencontre s'ils savent où se trouve le pays où on ne meurt jamais :
personne n'en sait rien.
Un jour, il tombe sur un viel homme qui a une longue barbe blanche sur sa poitrine et qui pousse une brouette remplie de pierres.
Il lui demande :
"Pouvez vous m'apprendre où est le pays où on ne meurt jamais?
Tu ne veux pas mourir ?
Tu n'as qu'à rester avec moi.
Tant que je n'aurais pas fini de transporter avec ma brouette toute cette montagne, pierre après pierre, tu ne mourras point.
Et combien de temps mettrez vous à niveler la montagne?
Bah, mettons cent ans.
Et après il faut que je meure?
Bien sûr !
Alors ce n'est pas le pays qui me convient: je veux trouver le pays où on ne meurt jamais"
Il salue le viel homme et reprend la route. A force de marcher, il atteint un bois si vaste qu'on le croirait sans fin.
Il y a là un viellard avec une barbe qui lui descend jusqu'au nombril, il est en train de couper les branches avec sa serpe.
Le garçon lui demande :
" s'il vous plaît, pouvez m'indiquer un endroit où on ne meurt jamais ?
Reste ici avec moi, lui dit le vieux.
Tu ne mourras pas avant que j'aie coupé tout ce bois avec ma serpe
Et cela vous prendra combien de temps ?
Bah mettons deux cent ans !
Après il me faudra mourir quand même ?
Bien sûr. Cela ne te suffit pas ?
Non, ce n'est pas le pays qui me convient : je cherche un endroit où on ne meurt jamais."
Ils se saluent, et le jeune homme repart.
Encore quelques mois, et il arrive au bord de l'eau
Il y a là un bien veil homme, sa barbe atteint ses genoux, il est en train de regarder un canard qui boit l'eau de la mer.
"Sil vous plaît, connaissez vous un endroit où on ne meurt jamais ?
Si tu as peur de mourir, tu n'as qu'à rester avec moi.
Regarde ce canard : tant qu'il n'aura pas asséché avec son bec toute cette mer, tu ne mourras pas.
Cela durera combien de temps ?
Oh à vue de nez trois cent ans,
Et après il faudra que je meure ?
Comment faire autrement ?
combien d'année veux tu encore durer ?
Rien de fait, c'est un pays qui ne me va pas.
Moi, il faut que j'ailles dans le pays où on ne meurt jamais."
Et le voici à nouveau en chemin.
un soir il arrive devant un palais magnifique. Il frappe, un vieux des plus vieux, la barbe jusqu'à ses semelles, vient lui ouvrir :
"Qu'il y a t'il pour vous servir, jeune homme ?
Je cherche l'endroit où on ne meurt jamais.
Eh ! tu as de la chance. C'est justement ici. Tant que demeurera avec moi, tu peux etre assuré de ne jamais mourir.
Enfin ! J'ai fait des tours et des détours ! C'est vraimment l'endroit que je cherchais.
Mais vous même est ce que cela vous ira que je demeure ici ?
Mais oui, j'en serais même on ne peut plus heureux : tu me tiendras compagnie."
Ainsi je jeune homme entrepend -il de demeurer dans ce palais avec le vieux des vieux, et il y vivait en grand seigneur.
les années passent et nul ne s'en avise : des années et des années.
Un jour le garçon dit au vieux: "Saperlipopette, je suis bien aise ici auprès de vous, seulement j'ai bien envie d'aller voir ce que devienne mes parents.
De quels parents parles-tu ? à l'heure qu'il est, ils sont tous trépassés depuis un bon bout de temps.
Possible, mais que voulez vous, j'ai fort envie d'aller jeter un coup d'oeil dans mon pays, il se peut que je tombe sur les enfants des enfants des miens.
Si vraimment tu y tiens, je vais t'apprendre ce que tu as à faire.
Va à l'écurie, prends mon cheval blanc qui court comme le vent, mais souviens-toi de ne mettre pied à terre à aucun prix, sous nul pretexte, sans quoi tu mourras aussitôt.
Vous pensez bien, je ne metrais point pied à terre, j'ai trop peur de mourir."
Il va à l'écurie, sort le cheval, monte dessus et part comme le vent. IL passe par l'endroit où il était tombé sur le viellard avec le canard : là où il y avait la mer, à présent il n'y a plus qu'une grande prairie. Et, dans un coin, un petit tas d'ossements : ceux du viellard.
"Voyez vous ça, se dit le garçon, j'ai bien fait de ne pas m'arrêter là : je l'aurais fait, à l'heure qu'il est je serais mort comme lui."
Il poursuit son chemin. A l'endroit où se trouvait le bois immense qu'un viel homme devait couper avec sa serpe, il ne voit qu'un terrain nu pelé : il n'y a plus un seul arbre.
"Celui-là aussi, si j'étais resté avec lui, pense le garçon, je serais mort depuis belle lurette"
Et le voilà où s'élevait une grande montagne, qu'un autre autre vieux devait démollir pierre après pirre : il n'y avait plus qu'un emplacement
plat comme un billard.
" Avec celui ci, je serais mort et archi mort à l'heure qu'il est !"
Il finit par atteindre son pays, mais celui-ci avait tellement changé qu'il ne le reconnaît plus. Il cherche sa maison, mais la rue elle même a disparue. Il s'informe de sa famille, mais les gens n'avaient jamais entendu mentionner son patronyme.
L e jeune homme se dit
"Le mieux c'est que je rentre vite à mon palais"
I l fait faire demi tour à sa monture et prend le chemin du retour.
Comme il arrive à mi route, il tombe sur un charretier, sur une charette pleine de vielle chaussures et trainée par un boeuf :
"S'il vous plait, monsieur, dit le charretier. Voulez vous avoir la grande obligeance de me donner un coup de main, ma roue patine dans l'ornière. Je ne peux pas avancer et le jour va tomber.
Le garçon se laisse apitoyer et descend de cheval.
Il n'a mis qu'un pied à terre, l'autre encore dans son étrier, que le charretier l'aggrippe par un bras : "Enfin je te tiens! sais tu qui je suis ? Je suis la Mort! Et vois-tu toutes ces chaussures mises à mal dans ma charette? Ce sont les chaussures que tu m'as fait user à ta poursuite.
Mais enfin ! je te tiens ! Il faut bien que vous tombiez tous entre mes mains, pas moyen de m'échapper !"
Et le pauvre jeune homme a bien été obligé de mourir comme tout le monde...
Myrtille, Myrtille deux ça fait.
J'ai raconté mon histoire, à vous de prendre le relais.
J'ai raconté mon histoire, à vous de prendre le relais.
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